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Génération spontanée (1)

Les idées m’échappent, si je peux me permettre la tournure.


Pas dans le sens que je n’en ai pas, mais plutôt qu’après avoir publié 16 livres (le 17e est en cours), j’en suis venu à la conclusion qu’il m’est impossible de comprendre comment elles en viennent à prendre forme dans mon esprit.


C’est franchement bizarre et parfois un peu frustrant.


Personne n’aimerait vivre dans ma tête. Oui, il y a plein d’histoires et de faits divers, mais c’est un peu bordélique. C’est souvent la tempête. Je dois repousser dix bonnes idées pour arriver à me concentrer sur la plus urgente, la plus pertinente, celle qui me paraît avoir le meilleur potentiel.


Le tourbillon de la tempête est le bienvenu, parce que c’est là où les idées s’entrechoquent. Elles en font naître de nouvelles, créent des étincelles qui le plus souvent s’éteignent aussi vite, mais parfois allument quelque chose de plus permanent. C’est une bonne chose.

Entre deux livres, il m’arrive parfois de me retrouver dans l’œil de la tempête. Là où le vent tombe et le temps s’arrête. Le calme reprend ses droits, et moi, mon souffle. Ça me permet de classer mes idées et mes factures. Cette période d’accalmie, aussi plaisante soit-elle, vient avec son lot de stress, parce qu’entre deux projets, j’ai souvent l’impression de ne plus savoir comment écrire.


Histoire vraie. Et je sais que je ne suis pas le seul.


Comment suis-je parvenu à écrire les romans précédents ? Aucune idée. Et je fais comment pour le prochain ? Ha ha ha ! Bonne chance, dude !


Écrire un roman, c’est comme assembler un casse-tête lors d’un saut en parachute sans image de référence.


Alors je m’assois à mon ordinateur et je me lance dans le vide. Encore.


C’est bizarre. Parce que d’un côté, il faut faire confiance à son talent. Et de l’autre, il faut avoir la prétention qu’un lecteur ou une lectrice va s’intéresser à l’histoire sur laquelle on travaille. Ce qui est à la fois encourageant et terrifiant.


Note : nous, les écrivain.e.s, sommes de petites bêtes fragiles. Il est facile de nous effrayer.


Nous sommes terrorisés à l’idée de ne pas avoir écrit.


Et nous avons peur d’écrire.


La critique nous donne la chair de poule.


Pire encore : il y a l’absence de critique.


Nous sommes terrifiés à l’idée d’écrire dans le vide.


Et parfois, l’idée que quelqu’un nous lise est tout simplement insupportable.


Bref, le vide m’attend et c’est une bonne chose.

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